Entretien avec Matt Weiss : favoriser l'amélioration continue dans les opérations industrielles

Entretien

Entretien avec Matt Weiss : favoriser l’amélioration continue dans les opérations industrielles

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Matt Weiss

Superviseur de l’amélioration continue · Nucor Towers & Structures

Matt Weiss dirige le déploiement de stratégies d’amélioration continue à travers le réseau Towers & Structures de Nucor en Amérique du Nord. Son travail se concentre sur le développement des dirigeants, l’autonomisation des équipes opérationnelles et l’intégration de la résolution structurée de problèmes au quotidien.

Avec une solide expérience dans les environnements industriels, Matt a piloté des initiatives qui améliorent les performances en matière de sécurité, de qualité, de livraison et de coûts tout en développant les capacités organisationnelles à long terme.

Dans cet entretien, Matt partage son expérience en matière de gestion de l’amélioration continue au sein d’opérations industrielles complexes et à grande échelle. Qu’il s’agisse de coordonner plusieurs sites ou de développer les compétences internes, ses réflexions mettent en lumière ce qu’il faut pour créer un impact pérenne au-delà des projets d’amélioration individuels.

1. Pourriez-vous brièvement vous présenter, présenter votre rôle actuel chez Nucor, et expliquer comment l’amélioration continue s’intègre dans vos responsabilités quotidiennes en tant que dirigeant ?

Je m’appelle Matt Weiss, et j’occupe le poste de superviseur de l’amélioration continue chez Nucor Towers & Structures. Dans ce rôle, j’aide à diriger la stratégie et le déploiement de notre programme d’amélioration continue à travers plusieurs sites de production, en soutenant le réseau Towers & Structures en Amérique du Nord.

Mon objectif est d’accompagner mes collègues dans leur évolution vers des rôles de direction et de donner aux équipes opérationnelles les moyens de résoudre les problèmes systématiquement et d’améliorer les performances en matière de sécurité, de qualité, de livraison et de coûts. Une grande partie de mon travail consiste à coacher mes collègues, à animer des événements kaizen, à élaborer des programmes de formation Lean Six Sigma et à aider les équipes à traduire la stratégie en améliorations opérationnelles mesurables.

L’amélioration continue n’est pas considérée comme une initiative distincte ; elle fait partie intégrante du fonctionnement quotidien de notre entreprise. Nous mettons l’accent sur la résolution structurée des problèmes, la gestion visuelle et l’analyse des causes racines pour relever les défis opérationnels. Un aspect essentiel de mon rôle consiste à développer les compétences internes afin que l’amélioration ne repose pas sur une petite équipe dédiée à l’amélioration continue, mais devienne plutôt un ensemble de compétences maîtrisées par les dirigeants et les collaborateurs à tous les niveaux de l’organisation. En fin de compte, l’objectif est de créer une culture dans laquelle les équipes identifient en permanence des opportunités, résolvent les problèmes et améliorent chaque jour notre mode de fonctionnement.

2. Au sein d’une grande entreprise industrielle, quels sont les principaux défis à relever pour mettre en œuvre une démarche d’amélioration continue dans l’ensemble des opérations ?

L’un des plus grands défis dans les grandes organisations industrielles est d’obtenir un alignement entre plusieurs sites et équipes de direction. Chaque site peut fonctionner avec des processus, des priorités et des niveaux de maturité opérationnelle différents, ce qui peut rendre difficile la standardisation des efforts d’amélioration.

Un autre défi consiste à trouver le juste équilibre entre les efforts d’amélioration et les exigences quotidiennes de la production. Dans l’industrie lourde, les équipes s’attachent à respecter les engagements pris envers les clients, à garantir le bon fonctionnement des équipements et à gérer les contraintes en matière de main-d’œuvre et de matériaux. L’amélioration continue peut parfois être perçue comme une tâche supplémentaire plutôt que comme une nécessité opérationnelle.

L’approche la plus efficace consiste à intégrer l’amélioration continue directement dans le rythme opérationnel de l’entreprise. Lorsque l’amélioration est liée à des indicateurs clés, tels que la sécurité, la qualité, les délais de livraison et les coûts, et que les collaborateurs disposent des outils nécessaires pour résoudre les problèmes, l’amélioration continue s’inscrit alors dans le fonctionnement même de l’organisation plutôt que de rester une initiative isolée.

3. Pourriez-vous partager une initiative d’amélioration qui se démarque dans votre expérience, notamment en termes d’impact opérationnel, de gains de performance ou de changement culturel ?

L’une des initiatives qui s’est particulièrement démarquée a été la mise en place d’un programme structuré d’amélioration continue et d’une formation Lean Six Sigma Green Belt à l’échelle du réseau nord-américain de Worldwide Flight Services.

À l’époque, l’organisation était présente dans des dizaines de gares d’aéroport, où les processus, les niveaux de performance et les méthodes de résolution des problèmes variaient d’un site à l’autre. Des difficultés opérationnelles, telles que les retards dans la rotation des avions, les inefficacités dans la manutention des bagages et l’incohérence des modèles de dotation, affectaient la fiabilité du service et la maîtrise des coûts. Plutôt que de traiter ces problèmes site par site, nous avons lancé une initiative à l’échelle du réseau visant à renforcer les compétences internes tout en résolvant les problèmes opérationnels réels.

Les responsables opérationnels ont été formés via un programme Lean Six Sigma Green Belt tout en dirigeant simultanément des projets d’amélioration directement liés aux indicateurs de performance des stations aéroportuaires. Chaque projet était axé sur des résultats mesurables, tels que la réduction du temps de rotation, l’amélioration de la productivité du travail et le renforcement de la fiabilité des processus.

Tout aussi important a été le changement culturel. Les dirigeants ont commencé à aborder les défis opérationnels avec des données, une analyse des causes racines et une résolution structurée des problèmes, créant un réseau de leaders de l’amélioration formés capables de soutenir l’amélioration continue longtemps après le déploiement initial du programme.

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4. D’après votre expérience, qu’est-ce qui distingue les initiatives d’amélioration continue qui ont un impact pérenne dans les environnements industriels de celles qui perdent leur élan ?

Le principal facteur de différenciation réside dans l’appropriation par les dirigeants. Les efforts d’amélioration continue qui reposent principalement sur une équipe dédiée ou sur des actions isolées perdent souvent de leur élan. C’est lorsque les responsables opérationnels intègrent l’amélioration continue à leurs responsabilités quotidiennes que l’on obtient des résultats pérennes. L’intégration aux systèmes de gestion quotidiens est également essentielle, car les initiatives d’amélioration sont bien plus pérennes lorsqu’elles sont directement liées à des indicateurs opérationnels tels que les performances en matière de sécurité, les niveaux de qualité, le débit et les coûts.

Les organisations qui investissent dans la formation de leurs collaborateurs et de leurs dirigeants à la résolution structurée des problèmes, aux principes Lean et à l’analyse des causes racines créent un impact pérenne à l’échelle de l’organisation. Ces dirigeants continuent d’identifier et de résoudre les problèmes bien après la fin d’un projet spécifique ou d’un événement kaizen, ce qui explique pourquoi les organisations qui réussissent se concentrent avant tout sur la culture plutôt que sur les seuls projets. Ainsi, lorsque les équipes commencent à considérer les problèmes comme des opportunités d’amélioration et se sentent en capacité d’agir, l’amélioration continue s’intègre alors au fonctionnement même de l’organisation plutôt que de rester une initiative ponctuelle.

5. Comment votre approche de la conduite de l’amélioration continue a-t-elle évolué au cours de votre carrière ?

Au début de ma carrière, je me suis beaucoup concentré sur les outils et les projets d’amélioration, en organisant des événements kaizen, en mettant en œuvre des techniques Lean et en générant des économies mesurables. Bien que ces efforts aient porté leurs fruits, j’ai pris conscience que les outils ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir une amélioration pérenne.

Au fil du temps, mon approche s’est orientée vers le développement des personnes et des systèmes qui soutiennent l’amélioration continue. Aujourd’hui, je consacre beaucoup plus de temps à accompagner les dirigeants dans la résolution structurée de problèmes, à aider les équipes à établir des indicateurs opérationnels clairs et à construire des systèmes qui renforcent l’amélioration continue dans les opérations quotidiennes.

J’ai également appris que la simplicité est un atout majeur. Bien que la méthode Lean Six Sigma propose de nombreux outils avancés, les améliorations les plus efficaces découlent souvent de l’application systématique de quelques principes fondamentaux : définir clairement les problèmes, identifier leurs causes racines, mettre en œuvre des mesures correctives pérennes et vérifier les résultats.

En fin de compte, le rôle d’un responsable de l’amélioration continue consiste moins à diriger des projets qu’à encadrer et à former des responsables capables d’identifier et de résoudre les problèmes par eux-mêmes. Lorsque les organisations développent cette capacité, l’amélioration devient autonome.

6. Quels conseils donneriez-vous aux dirigeants du secteur de l’industrie lourde qui souhaitent ancrer l’amélioration continue dans leur culture d’entreprise plutôt que de la considérer comme une initiative isolée ?

La première étape consiste à relier directement l’amélioration continue aux activités de l’entreprise. Les initiatives d’amélioration doivent clairement soutenir les priorités fondamentales de l’organisation en matière de sécurité, de qualité, de livraison et de coûts. Lorsque les équipes constatent que l’amélioration stimule la performance opérationnelle, celle-ci perd son caractère théorique pour devenir une réalité.

Les dirigeants doivent également montrer l’exemple en adoptant les comportements qu’ils souhaitent voir chez leurs collaborateurs. Passer du temps sur l’atelier, poser des questions pertinentes et encourager une approche structurée de la résolution des problèmes montre clairement que l’amélioration continue est une exigence, et non une initiative facultative.

Le développement des compétences internes revêt une importance tout aussi grande. Les programmes de formation tels que le Lean Yellow Belt ou le Green Belt sont particulièrement efficaces lorsqu’ils s’accompagnent de projets opérationnels concrets qui répondent aux défis actuels de l’entreprise. Cela permet aux dirigeants de mettre en pratique ce qu’ils ont appris et d’observer immédiatement des résultats tangibles.

Enfin, les organisations ont tout intérêt à mettre en avant et à célébrer les réussites en matière d’amélioration. Le fait de partager les résultats au moyen de rapports et de reconnaître les contributions des équipes renforce l’idée que l’amélioration continue fait partie intégrante de la culture de l’organisation et de sa réussite à long terme.

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7. D’après votre expérience, quel rôle jouent les points de vue extérieurs, l’analyse comparative ou l’apprentissage entre secteurs dans le renforcement de la performance en matière d’amélioration continue ?

Les points de vue extérieurs sont extrêmement utiles, car ils remettent en question les idées reçues internes et ouvrent les organisations à de nouvelles façons d’aborder les problèmes opérationnels.

Dans de nombreux environnements industriels, les équipes ont tendance à s’en tenir à la résolution des problèmes dans les limites de leurs propres processus ou des standards de leur secteur. Une analyse comparative avec d’autres organisations, en particulier celles issues d’autres secteurs, peut mettre en lumière des opportunités qui n’avaient peut-être pas été envisagées auparavant.

Les réseaux et organisations externes, tels que l’Association for Manufacturing Excellence (AME), jouent un rôle important dans la facilitation de cet apprentissage. Ils offrent des occasions de partager des expériences, d’observer les bonnes pratiques et de construire des relations avec des dirigeants confrontés à des défis opérationnels similaires. Les organisations qui restent curieuses et ouvertes à l’apprentissage par les autres ont tendance à accélérer leur processus d’amélioration et à éviter de réinventer des solutions qui existent déjà et qui ont fait leurs preuves ailleurs.

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