
António Costa
Chief Executive Officer
Kaizen Institute Global
Lors de chaque première visite dans une entreprise, je pose invariablement la même question : quand le principal responsable s’est-il rendu pour la dernière fois sur l’atelier ? Les réponses varient : quelques jours, quelques mois, « régulièrement » ou « si nécessaire ». Cependant, plus qu’une simple habitude de gestion, cette réponse en dit beaucoup sur la culture de l’organisation.
L’atelier ne ment jamais
Le gemba est un mot japonais qui désigne l’endroit réel où le travail s’effectue. C’est l’espace physique où la valeur est créée, où les problèmes apparaissent et où les équipes passent leurs journées ; Ce n’est ni la salle de réunion où ce travail est examiné, ni le tableau de bord où les résultats sont évalués.
C’est l’endroit le plus honnête d’une organisation. Sur le gemba, la culture ne se déclare pas – elle se voit, sans filtre. Elle transparaît dans la façon dont les problèmes sont signalés ou dissimulés, dans qui les résout et qui les contourne, dans ce qui se passe quand quelque chose va mal et que personne ne regarde.
Les pratiques et les comportements précèdent la culture
Il existe une croyance largement répandue dans les milieux de la gestion selon laquelle la culture est le point de départ de tout changement : pour modifier les résultats, il faudrait d’abord changer les valeurs, la philosophie et la mentalité. Cette logique semble raisonnable, mais dans la pratique, c’est l’inverse qui se produit.
La culture ne précède pas le comportement. C’est le comportement répété qui, avec le temps, devient culture. Les valeurs affichées sur les murs ne disent pas grand-chose sur ce qu’est réellement une organisation ; ce qui la définit, ce sont les décisions que ses dirigeants prennent sous pression, les routines que les équipes mettent en pratique au quotidien et les habitudes qui s’installent au fil des équipes de travail.
L’industrie l’a appris à ses dépens : en investissant. Au cours des dernières décennies, elle a considérablement investi dans la modernisation, notamment dans les équipements, l’automatisation, les systèmes de gestion et les certifications. Dans de nombreux cas, les résultats ont été en deçà des attentes, non pas parce que les outils étaient inadaptés, mais parce qu’un outil, s’il n’est pas utilisé régulièrement, ne modifie pas les comportements, et sans changement de comportement, il n’y a pas de résultats. Cela s’est répété dans des entreprises de secteurs et de tailles très différents : la méthodologie était mise en place, le système était opérationnel, la formation avait été dispensée, mais il manquait le geste le plus simple : se rendre régulièrement sur place pour vérifier ce qui se passait. Et sans cette pratique, le reste devient superficiel.
Transformez vos gemba walks en véritables opportunités d’amélioration
C’est sur le gemba que la culture se construit
Le gemba est précisément là où cela se résout. C’est là que se produisent les comportements réels, loin des rapports et des présentations, et c’est là que la culture se révèle telle qu’elle est, et non telle qu’on voudrait qu’elle paraisse. Mais le gemba n’est pas seulement le miroir de la culture existante : c’est aussi l’endroit où elle commence à changer.
Lorsque les dirigeants se rendent régulièrement sur le terrain avec intention (non pour inspecter, mais pour observer et écouter) quelque chose change. Les opérateurs commencent à signaler les problèmes avant qu’ils ne s’aggravent, les équipes éliminent les défauts au lieu de les contourner, les personnes commencent à croire que l’amélioration est possible parce qu’elles en voient les résultats. Et lorsqu’une personne se rend compte que sa remarque a eu des conséquences, que quelque chose a changé parce qu’elle a identifié un problème, son attitude change : elle cesse d’être un simple exécutant pour devenir un acteur à part entière.
C’est ainsi que la boucle se referme. La pratique engendre des résultats ; les résultats renforcent la conviction ; la conviction instaure l’habitude, et l’habitude, répétée avec discipline, devient une culture. Une culture qui naît sur le gemba et s’y maintient, jour après jour, équipe après équipe.
C’est ce que nous appelons une culture d’amélioration continue. Elle ne commence ni par des valeurs écrites, ni par des programmes de changement. Elle se manifeste, ou non, chaque jour et dans tous les domaines, et ceux qui dirigent une entreprise industrielle ont la responsabilité de le savoir de première main.
Conclusion : se rendre sur le gemba est une décision de leadership
Pour revenir à la question avec laquelle j’ai ouvert cet article : quand vous êtes-vous rendu pour la dernière fois sur l’atelier ?
Au fil des années passées à visiter des organisations industrielles, j’ai appris à lire le gemba avant tout rapport. C’est là que je trouve des opportunités que personne n’a encore nommées, des idées que les opérateurs ont mais n’ont jamais eu l’occasion de partager, des améliorations évidentes que la routine a rendues invisibles, et, inévitablement, les signaux les plus honnêtes sur la motivation des équipes – ou sur son absence. Le gemba ne cache rien : il révèle tout ce que les chiffres filtrent et que les réunions reportent.
Cette question n’est donc pas rhétorique. Si un dirigeant ne peut y répondre avec précision, sa culture d’amélioration n’a pas encore commencé, quoi qu’il soit écrit dans la stratégie.
Chez Kaizen Institute, nous accompagnons des dirigeants qui reconnaissent que la culture ne se change pas par décret, mais par la pratique quotidienne sur le terrain. Nous aidons les organisations à reconstruire leurs routines de leadership et à transformer les comportements en résultats pérennes, car c’est sur le gemba que la culture KAIZEN™ s’installe et se maintient.
Culture KAIZEN™
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